Omar Amni : un manager casablancais au pays du Soleil Levant !

Omar AMNI
Partagez l'article:

 1,009 vues totales

Partir à Tokyo, y travailler tout en se réalisant dans sa passion. C’est ce que Monsieur Omar Amni, Directeur Général de Morocco and Japan Business, installé désormais à Casablanca, nous raconte avec enthousiasme De Casablanca à Tokyo, c’est là pour le moins un parcours atypique qu’il nous rapporte.

Les enseignements sont nombreux. De retour au Maroc après plus d’une dizaine d’années passées au Japon, Mr Omar Amni partage avec nous les enseignements de cette expérience unique. Il nous en délivre les codes, les valeurs, les non-dits, en somme la culture d’entreprise nippone. Un entretien riche et passionnant dont nous reprenons les principaux éléments pour vous.

Partir du Maroc, une décision difficile certes mais bien réfléchie ! Comment vous y êtes-vous pris ?

Beaucoup de préparation et aussi une longue imprégnation de la culture japonaise ont précédé mon départ. Voici les ingrédients de base à mon humble avis.  Trois années de préparation pour accomplir son rêve. J’ai commencé d’abord par développer un réseau. Je ne voulais pas partir au Japon comme un simple touriste…surtout dans un pays ou l’introduction est nécessaire voire obligatoire. Je fis la connaissance de quelques japonais en Europe durant des stages d’Aïkido qui me proposèrent de m’aider lorsque je serai prêt à venir. Après trois années au Maroc et profitant d’une opportunité de changement de travail, je décide de me lancer dans le grand bain.

Les premiers pas en terre nippone. Par quel biais cela s’est fait ?

L’Aïkido a été la porte d’entrée et le moteur de ma motivation. Sur place et dès la première semaine, j’ai pris conscience du chemin qu’il me restait à parcourir en Aïkido. Une leçon d’humilité s’imposait à moi.  Cette « vérité sportive » m’amena très vite à me décider de prolonger mon séjour et à travailler parallèlement à construire un avenir professionnel   en intégrant une l’école de langue du Centre culturel de Tokyo puis en m’inscrivant   à l’Université Internationale de Tokyo pour des études de langue et des certifications en cross-cultural management. Mon succès à l’Aïkido dépendait de mon succès. Il fallait donc que je réussisse mon intégration professionnelle.

Une insertion professionnelle lente mais finalement pas impossible. Dites-vous. Expliquez-nous cela ?

Les débuts au Japon n’ont pas été faciles. Après bien des efforts et de sacrifices, j’ai intégré un cabinet de consulting afin de promouvoir les produits japonais à l’international, faire de l’intelligence économique, créer des supports de communication aux entreprises ou particuliers qui souhaitent s’installer au Japon. La vie au Japon est extrêmement chère, la nourriture différente. Plus encore, les codes sociaux sont évidemment différents et de surcroit très durs au regard de notre culture méditerranéenne. Le Japon est un pays où on est vite catégorisé. Il suffit d’un mot mal placé ou d’un geste mal apprécié pour rendre son insertion dans le groupe plus difficile voire impossible…donc on marche sur la pointe des pieds pour ne pas chuter sur le tapis de la non-compréhension. S’ajoute à cela la difficulté en matière de communication ; les japonais ne parlent pas anglais pour la majorité. L‘apprentissage de la langue nippone n’en devenait que plus impérative. Petit à petit donc en étudiant la langue et la culture je me suis habitué et appris à vivre en harmonie au Japon…j’ai trouvé ma place. L’Aïkido m’y a beaucoup aidé en tant que discipline exigeante et parfaitement codifiée.

L’univers de l’Entreprise japonaise : Les notions de Groupe et de collectif priment. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La rencontre avec le monde de l’Entreprise a été l’une de mes grandes découvertes.

L’effort d’intégration, naturellement difficile, est à réaliser par soi-même comme condition sine qua non de réussite. La dimension d’ouverture multiculturelle n’est pas encore suffisamment développée dans les entreprises traditionnelles ou typiques. Du reste, c’est souvent dans des secteurs liés à l’international (la quasi-totalité des étrangers y travaillent), et de ce fait, les choses sont un petit peu différent parce que les japonais prennent alors en considération tout l’apport de la dimension multiculturelle pour ce type d’activités. .Je n’avais jusque-là jamais bien compris cette facette de la société japonaise. Bien que je le pressente, la notion de groupe et celle de collectif sont particulièrement importantes sinon véritablement essentielles. Il est essentiel de rappeler et garder à l’esprit que lorsqu’on entre dans une entreprise on intègre un groupe, on devient une sorte de membre de la famille. A ce titre, il n’est pas rare de voir des entreprises qui prennent en charge même le loyer des salariés ou les dépenses de leurs familles.

La responsabilité dans le groupe est collective, et par conséquent la réussite ou l’échec le sont aussi. Notons que contrairement à notre modèle de fonctionnement, au Japon que c’est le Manager qui assume l’entière responsabilité en cas d’échec , ce qui donne aussi un autre sens à l’engagement du Manager dans son travail, conditionne son rapport aux collaborateurs et  aussi redéfinit la portée de la notion de leadership . Je pourrais dire que l’harmonie est le maitre mot en entreprise. Il est très mal vu de se chamailler ou de se jeter les responsabilités. Un aspect culturel est non des moindres ! Il y a, à mon sens, une trame commune entre toutes les entreprises au Japon. C’est ce qui en fait le particularisme si distinctif.

Qu’est-ce qui vous a le plus interpellé ?

La notion de hiérarchie a une importance toute particulière dans l’entreprise japonaise. La culture de l’entreprise au Japon est très inspirée par le confucianisme, de ce fait, tout doit être validé par le groupe ou ce qu’il entend. On y doit un respect presque inconditionnel envers ses supérieurs et aînés. Petit exemple, il est strictement interdit d’appeler un collègue par son prénom. Un directeur ou une personne plus ancienne dans l’entreprise peut se permettre quelques familiarités avec les subordonnés mais le contraire est impensable.

L’humilité est un autre élément capital. La réussite est collective jamais individuelle. L’exercice professionnel est aussi marqué par cette considération. Il y a, là, à la fois un sens aiguisé du collectif mais aussi un désir réel de toujours pouvoir s’améliorer.

Un autre aspect propre aux entreprises japonaises est la capacité du Management à se projeter dans le long terme tant au plan des stratégies que des relations interpersonnelles ; c’est pour cela que c’est difficile au début de travailler avec les japonais. Il faut du temps…beaucoup de temps pour faire confiance mais dès que c’est fait la relation part sur des bases solides et dure généralement longtemps.

L’intégration est un processus majeur dans la vie de l’entreprise et du collaborateur. Toutes les entreprises embauchent au mois d’avril. La jeune recrue, lorsqu’elle intègre l’entreprise est censé y passer sa vie… on appelle cela Shushin koyo ; ce moment est capital pour tous car très impactant sur la vie du salarié et de l’entreprise.

Le système de gratification est basé sur l’ancienneté. L’augmentation de salaire est presque systématique chaque année passée dans l’entreprise. Plus on est ancien et plus on acquiert du respect, on devient un Sempai.

L’attachement aux détails est un autre point sur lequel j’ insiste :  rien ne doit être laissé au hasard…ce qui rend le travail pour nous les non-japonais très compliqué car, bien des fois, on se retrouve à tourner en rond…mais ça fait partie de leur culture managériale et, grâce à cela, ils sont en perpétuelle amélioration .

Si on devait comparer l’entreprise japonaise ça se rapprocherait beaucoup de modèles tayloriens. : Respect, « best of way » sérieux en sont les maitres-mots avec de la solidarité et humilité en plus !

 Et au plan Business ?

Les PME japonaises proposent des produits et services de très grande qualité. Il faut être en mesure de dépasser la barrière linguistique ou culturelle pour avoir accès à ces produits ou au transfert de savoir-faire. Le gouvernement japonais a pris conscience de cela ces dernières années. En collaboration avec la JICA, plusieurs chantiers sont lancés au Maroc. Il faut rapprocher assurément au plan culturel la compréhension des uns et des autres pour renforcer les collaborations possibles. Le Japon est un pays qui a ouvert ses portes à plusieurs pays africains pour former leurs jeunesses afin qu’elles servent de ponts reliant l’Afrique a l’Archipel.


Un défi immense.

Si ce n’est pas du Cross-Management qu’est-ce alors ?

 

Panorama RH

Partagez l'article:

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir PanoramaRH Brief, la newsletter RH qui va à l'essentiel.

Panorama RH

Panorama RH est la première plateforme RH marocaine indépendante qui propose des articles, témoignages, interviews et tribunes d'experts où sont abordés tous les aspects de la gestion des Ressources Humaines. C’est un lieu de partage ouvert et un moyen de s’informer et suivre les grands courants et tendances RH. Grâce à une équipe d’experts et une ligne éditoriale rigoureuse, vous disposerez d’une vision panoramique du monde RH. Panorama RH est aussi un support de choix pour la communication des cabinets, consultants et éditeurs de solutions RH.

Accès rapide

Newsletter